jeudi 1 septembre 2016

Le monde d'hier, souvenirs d'un Européen, de Stefan Zweig


Première publication : 1942
Nombre de pages : 506
Genre : témoignage/mémoires, autobiographie

Quatrième de couverture

Le monde d'hier, c'est la Vienne et l'Europe d'avant 1914, où Stefan Zweig a grandi et connu ses premiers succès d'écrivain, passionnément lu, écrit et voyagé, lié amitié avec Freud et Verhaeren, Rilke et Valéry. Un monde de stabilité où, malgré les tensions nationalistes, la liberté de l'esprit conservait toutes ses prérogatives.Livre nostalgique ? Assurément. Car l'écrivain exilé qui rédige ces « souvenirs d'un Européen » a vu aussi, et nous raconte, le formidable gâchis de 1914, l'écroulement des trônes, le bouleversement des idées, puis l'écrasement d'une civilisation sous l'irrésistible poussée de l'hitlérisme... Parsemé d'anecdotes, plein de charme et de couleurs, de drames aussi, ce tableau d'un demi-siècle de l'histoire de l'Europe résume le sens d'une vie, d'un engagement d'écrivain, d'un idéal. C'est aussi un des livres-témoignages les plus bouleversants et les plus essentiels pour nous aider à comprendre le siècle passé.  

Mon avis

Après avoir lu et apprécié plusieurs textes de Sweig (romans et biographies), j'ai eu envie de découvrir ce témoignage que l'on qualifie souvent de testamentaire puisque l'auteur l'a écrit tandis qu'il était en exil au Brésil, et envoyé en France pour publication en 1942, la veille de son suicide. 
Cette lecture fut un véritable coup de cœur pour moi. C'est à la fois une œuvre littéraire et historique ; ce n'est certes pas un roman mais ce livre se lit toutefois comme un roman. Tout comme dans ses biographies, Zweig a ici soigné son écriture et son style (même si je ne puis malheureusement en juger qu'à travers une traduction).
Le monde d'hier, c'est cinquante ans d'histoire européenne racontés par l'un des plus grands écrivains de la première moitié du XXe siècle. Il ne s'agit pas d'un essai historique, bien sûr, mais d'un récit à la première personne qui raconte dans un premier temps l'époque enchantée et pleine d'espoirs d'avant-guerre, avant l'effondrement et la catastrophe que provoqua la Première Guerre mondiale, puis les tensions d'entre-deux guerres, la montée effrayante du fascisme et du totalitarisme et le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale. Le lecteur est également entraîné dans le monde artistique et littéraire que fréquenta Zweig. 
Un récit multiple, foisonnant, passionnant, qui permet de découvrir Zweig sous un nouveau jour ; un homme affreusement nostalgique des années d'insouciance et d'allégresse qui ont précédé la Première Guerre mondiale, un homme humble et blessé, un grand écrivain devenu un apatride désespéré. Un monde d'hier qui fait malheureusement écho à notre monde d'aujourd'hui...
C'est avec beaucoup d'émotion que j'ai lu ce texte exceptionnel, que je recommande vivement.

mercredi 22 juin 2016

Shakespeare, l'espion des âmes, d'Henriette Chardak

Date de publication : février 2016
Nombre de pages : 350
Éditeur : L'Archipel
Genre : documentaire-fiction historique/biographie

Quatrième de couverture

Nombre d’auteurs se sont interrogés sur son identité. Était-il… un aristocrate jaloux de son anonymat ? un Italien ? le « nègre » d’un auteur célèbre ? un collectif d’auteurs ? peut-être même… une femme ? Les spéculations, depuis quatre siècles, n’ont guère cessé d’entourer l’auteur du non moins étrange Hamlet
Henriette Chardak a réexaminé une par une les pièces du « dossier Shakespeare », afin de lever le voile sur les aspects les plus énigmatiques du grand dramaturgique. Aussi célèbre que discret, Shakespeare, nous dit-elle, fut avant tout un homme de l’ombre, caché sous des masques de théâtre, préférant se cacher à la vue de ses contemporains pour les scruter jusqu’à l’âme, tel le plus fin des journalistes de son époque. Il était un humaniste libre-penseur, ce qu’il voulait à tout prix dissimuler à ses « clients » royaux…
Au-delà de sa vie de comédien, de ses fulgurances géniales, de ses amitiés et surtout de ses intrigantes disparitions, cette biographie romanesque s’attelle à l’énigme Shakespeare.

L'auteure

Diplômée des Beaux-Arts et de l'école de journalisme de Strasbourg, Henriette Chardak, journaliste et réalisatrice, a publié des romans : Dépossédée (Presses de la Renaissance, 2006), La passion secrète d’une reine (Le Passeur Editeur, 2013) et des biographies de Kepler, Vésale, Pythagore, Cervantès et Rabelais.

Mon avis

Je m'attendais à un récit biographique, mais cet ouvrage tient bien plus du romaesque que de la biographie, d'où ma déception. Le lecteur est très vite plongé dans l'Angleterre de la fin du XVIe siècle, mais il peut aussi se retrouver un peu perdu dans un contexte historique parfois flou et pas toujours palpable au sein de la narration. Les nombreuses tentatives d'explication du contexte social et géo-politique de l'époque au sein du texte sont trop artificielles et manquent d'habilieté et de subtilité. C'est dommage, ça m'a assez vite agacée. 
Pour ce qui est du style, il n'est pas mauvais pourtant, mais peut-être un peu trop convenu, j'ai souvent eu l'impression de lire un texte documentaire/journalistique "déguisé" en romanesque à l'aide d'artifices trop visibles. On sent bien que l'auteur a fait un véritable travail de recherche sur son sujet, mais je trouve (et cela n'engage que moi) qu'elle n'a pas su l'exploiter de manière assez naturelle, fluide et originale. J'ai trouvé qu'il y avait trop de dialogues, et même si je comprends bien que l'auteure a voulu d'une certaine façon rendre hommage au théâtre et faire de son récit un texte plus vivant, je n'ai pas aimé cet aspect du texte, pour la simple et bonne raison que les dialogues sont souvent trop plats, et qu'on sent bien qu'ils ne sont qu'un prétexte, un moyen de faire passer des informations (historiques la plupart du temps), et cela fait perdre tout réalisme à l'ensemble du récit. L'auteure a pris, à mon goût, trop de libertés pour faire parler et penser Shakespeare (personnage si méconnu même par les spécialistes, justement !) et ses proches, il n'y a vraiment aucune objectivité de la part de l'auteure, et aucune place pour le lecteur de combler lui-même les lacunes sur ce que l'on sait réellement de Shakespeare. J'ai trouvé cela plutôt gênant, surtout pour un livre qui n'est pas présenté comme un roman mais comme une "enquête historique".

J'ai reçu ce livre via Masse critique : merci à Babelio et aux éditions L'Archipel (j'ai d'ailleurs beaucoup apprécié le petit mot personnalisé envoyé avec le livre par la maison d'édition !)

samedi 30 avril 2016

La reine du découpage, d'Odile Lecouteux

Première publication : 2014
Nombre de pages : 158
Genre : récit de souvenirs/mémoires

Quatrième de couverture

Cécile, six ans, n a pas sa langue dans sa poche. Elle vit avec ses parents et sa grande soeur Fanfan dans la coopérative PLM de la commune des Larmes, en Côte d Or, un village triste dans lequel il n y a ni cimetière ni fontaine pour dire « Je ne boirai pas de ton eau ». Avec tendresse, humour, et parfois une certaine gravité, la petite fille décrit ce qu elle découvre et ce qu elle devient, de surprises en épreuves. En ayant su conserver dans ce roman autobiographique la candeur et la vivacité de ses jeunes années, l auteure nous offre un joli découpage des usages, personnes et souvenirs de son enfance, dans un style volubile d une grande finesse, terriblement attachant. 

Mon avis

Tout d'abord, je tiens à remercier les éditions de la Rémanence pour l'envoi de ce livre que j'avais envie de découvrir. C'est le second roman de l'auteure, mais je n'ai pas lu le premier, intitulé Dix jours (éditions Kirographaires). 
Il est important de noter qu'il ne s'agit pas d'un roman, mais d'une sorte de récit fragmenté, forme par ailleurs déjà annoncée dans le titre, La reine du découpage. Il n'y a donc pas vraiment d'histoire, ou plutôt pas de fil conducteur. L'auteure "découpe" et "colle" des morceaux de sa vie, des souvenirs posés dans l'ordre chrnologique comme des photos dans un album. J'avoue ne pas avoir vraiment accroché avec le style un peu abrupte, j'ai trouvé que ce récit manquait de douceur, de poésie. J'ai eu un peu de mal à m'accrocher au début, même si certains passages m'ont captivée, mais j'ai tout de même trouvé plus d'intérêt à la deuxième moitié du récit (c'est-à-dire aux alentours de la page 60) et qu'à la première moitié. L'évolution de la petite fille, à travers divers apprentissages de la vie et sa confrontation avec la mort, est très bien montrée. La façon presque imperceptible dont l'auteure fait grandir la petite Cécile au fil du texte est très habile, et le ton que la narratrice emploie tout au long du récit est juste, on entend cette voix un peu double de la petite fille devenue adulte, qui voit le monde avec ses yeux d'enfant, mais toujours couverts par le regard de l'adulte qu'elle est au moment de l'écriture.

vendredi 29 avril 2016

Le poisson-scorpion, de Nicolas Bouvier

Première publication : 1980
Nombre de pages : 172
Genre : récit de voyage

Quatrième de couverture 

Ce pourrait être le récit d'un séjour exotique, c'est le voyage intérieur d'un homme arrivé à Ceylan après un long périple, pour achever le voyage intérieur au bout de lui-même. Le narrateur fait lentement naufrage, enlisé dans la solitude et la maladie, frôlé par la folie. Et là, sous l'œil indifférent des insectes qui se livrent autour de lui à d'effroyables carnages, et des habitants qui marinent dans leur chaleur comme un sombre bestiaire fainéant, l'auteur reconstruit, avec patience et ironie, un monde luxuriant et poétique. Au fil des chapitres, il observe et nous apprend à voir le spectacle mystérieux de ce monde des ombres d'où émergent d'étonnants portraits. Ainsi le lecteur participe à une sorte d'envoûtement dans ce récit bourré comme un pétard d'humour, de sagesse et d'espoir.

Mon avis

J'ai été profondément touchée par ce texte, court mais efficace, dont le style et la force ne laissent pas indifférent. C'est à la fois une introspection et un regard sur le monde, un grand moment de faiblesse raconté avec un merveilleux lyrisme, une poésie tout en finesse, beaucoup d'humour et un brin d'ironie. Ne vous attendez pas à découvrir le Sri Lanka à travers ce texte, on n'apprend au fond pas grand-chose de l'île ni de ses habitants de l'époque à travers Le poisson-scorpion. C'est un récit de solitude pleine de mélancolie et d'espoirs mêlés, où les meilleurs compagnons de l'auteur sont la littérature et les inombrables insectes qui peuplent sa chambre. Après la maladie, la fièvre, l'abandon, les hallucinations, viendra une forme de renaissance. C'est aussi de cette lente métamorphose, ou du moins ses débuts, dont il est question.

dimanche 28 février 2016

Crime et châtiment, de Fedor Dostoïevski

Première publication : 1866
Nombre de pages : 728
Genre : roman

Présentation de l'éditeur (folio)

Seul l'être capable d'indépendance spirituelle est digne des grandes entreprises. Tel Napoléon qui n'hésita pas à ouvrir le feu sur une foule désarmée, Raskolnikov, qui admire le grand homme, se place au-dessus du commun des mortels. Les considérations théoriques qui le poussent à tuer une vieille usurière cohabitent en s'opposant dans l'esprit du héros et constituent l'essence même du roman. Pour Raskolnikov, le crime qu'il va commettre n'est que justice envers les hommes en général et les pauvres qui se sont fait abusés en particulier. « Nous acceptons d'être criminels pour que la terre se couvre enfin d'innocents », écrira Albert Camus. Mais cet idéal d'humanité s'accorde mal avec la conscience de supériorité qui anime le héros, en qualité de « surhomme », il se situe au-delà du bien et du mal. Fomenté avec un sang-froid mêlé de mysticisme, le meurtre tourne pourtant à l'échec. Le maigre butin ne peut satisfaire son idéal de justice, tandis que le crime loin de l'élever de la masse, l'abaisse parmi les hommes.


Mon avis

Il est un peu tôt pour déjà annoncer LE coup de cœur 2016 (il y en aura sans doute d'autres), mais cela faisait longtemps qu'aucun livre ne m'avait autant passionnée ! Crime et châtiment est l'un de ces romans tellement connus et commentés qu'on a l'impression de les avoir déjà lus sans ne jamais les avoir ouverts... Mais je ne regrette pas de m'être enfin laissée réellement emporter dans ce  gigantesque chef d’œuvre de la littérature russe du XIXe siècle ! C'est une lecture captivante, qui, dès les premières pages, invite le lecteur au cœur d'une intrigue bien ficelée, quelque part entre ce qu'on appelle aujourd'hui le thriller psychologique, le roman social, le réalisme et le policier. Cette histoire est sombre, tortueuse, parfois malsaine. On entre quasiment dans la tête du meurtrier, on découvre une multitude de personnages complexes, incroyablement humains (les personnages masculins surtout, les femmes restent plutôt en retrait dans l'histoire et sont assez stéréotypées, mais rien de surprenant pour un roman du XIXe siècle). Meurtre, folie, misère, alcoolisme, déchéance, angoisse permanente... Il règne une atmosphère tragique, tendue, presque saturée, intrigante, voire mystérieuse, si bien qu'au bout d'un moment on ne sait plus vraiment qui est fou et qui ne l'est pas, où s'arrête et où commence la folie, qui est coupable de quoi (tout dépend de quel « crime » on parle), qui est à blâmer le plus, ni qui est le plus misérable de tous. Et l'envie de savoir, de connaître la suite, la fin de cette histoire, ne nous lâche pas du début à la fin.

Je remercie vivement Babelio et les éditions Thélème pour cette merveilleuse découverte via Masse Critique ! Je précise que j'ai reçu Crime et châtiment via Masse critique sous forme de livre audio, et que la lecture du roman par Pierre-François Garel est vraiment vivante, très agréable à écouter. J'ai essentiellement « lu » ce livre en l'écoutant dans ma voiture, lors de mes trajets quotidiens, mais c'était à chaque fois une déception d'arriver à destination et de devoir par conséquent mettre ma lecture sur pause jusqu'au prochain trajet : je n'ai donc pas résisté à continuer ou terminer certains chapitres en rentrant chez moi en me plongeant dans mon vieil exemplaire papier de chez Folio classique (que je n'avais d'ailleurs encore jamais lu) !

dimanche 3 janvier 2016

L'Incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage, de Haruki Murakami

Éditeur : Belfond
Date de publication : 2014
Nombre de pages : 360
Genre : roman

Quatrième de couverture

« Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort. » À Nagoya, ils étaient cinq amis, inséparables. Puis Tsukuru a gagné Tokyo. Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans raison. Pendant seize ans, celui qui est devenu architecte a vécu séparé du monde. Avant de rencontrer Sara. Pour vivre cet amour, Tsukuru va entamer son pèlerinage, et confronter le passé pour comprendre ce qui a brisé le cercle.Renouant avec le réalisme onirique de ses débuts, le maître conteur de la trilogie 1Q84 tisse une fable initiatique d'une envoûtante étrangeté, à la mélancolie apaisée.


Mon avis

Habituellement, j'aime Murakami pour l'originalité de ses textes oniriques et son imaginaire particulier. J'aime me perdre dans son univers unique. Or j'avoue avoir été bien déçue par ce roman plutôt réaliste et bien loin de ce que je connaissais de l'auteur. Je me suis même souvent ennuyée dans cette histoire qui traîne un peu en longueur aux nombreuses répétitions, et je n'ai pas réussi à m'intéresser vraiment à la quête de vérité du héros. Ce n'est pas un roman inintéressant, mais trop banal à mon goût. Selon moi, Murakami a fait bien mieux. 
On reconnaît tout de même la « marque » de l'auteur (ce qui m'a donné envie de lire le livre jusqu'au bout malgré tout) à travers l'omniprésence du rêve, le caractère étrange de certains personnages, une réalité parfois trouble et poétique... mais je n'ai toutefois pas été transportée par ce roman comme je m'y attendais.
Cela ne m'empêche pas de souligner que c'est un roman bien construit, comme tous les romans de Murakami, et que la psychologie des personnages est extrêmement bien travaillée.

 
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